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  • Serge Dugas, le roc de Gibraltar de Canada Alpin

    (Magog) La fin du parcours approche pour Serge Dugas. Mais avant de tirer sa révérence comme entraîneur de ski alpin au sein de l'équipe nationale masculine de vitesse, Dugas aura le temps de vivre ses huitièmes Jeux Olympiques en février prochain en Corée du Sud.

    Solide comme le roc de Gibraltar, le Magogois a résisté à l'usure du temps depuis ses débuts avec Canada Alpin en 1990. « Mais à un moment donné, il faut être réaliste et laisser la place à du sang neuf. Il n'y aura pas de Jeux olympiques pour moi à Pékin en 2022. J'aurais alors 70 ans. Vais-je poursuivre pour une autre saison après l'année olympique? Pour être franc, je vais songer à mon avenir à la fin de l'hiver », a déclaré celui que Canada Alpin aimerait garder dans l'entourage de ses athlètes élites.

    « On songe à m'offrir un poste qui me demanderait moins de déplacements une fois que je ne suivrai plus les gars de l'équipe masculine de vitesse sur le circuit. Je verrai en temps et lieu. »

    Entretemps, Dugas vivra ses huitièmes et derniers Olympiques, un chiffre impressionnant, il faut bien l'avouer. « Mes premiers Jeux ont été ceux d'Albertville. À part le niveau de la sécurité qui sera possiblement à son maximum à cause de la tension qui sévit dans la péninsule coréenne, pour moi ce seront des Jeux comme les autres », précise Dugas.

    Si on ajoute à ça les compétitions sur la Coupe du Monde, les Championnats du monde et canadiens, force est d'admettre que Dugas en a vu des centres de ski, des sommets et des montagnes dans un nombre incalculable de pays à travers le globe.

    « Ne me demandez pas quel pays je vous conseille de visiter. Je n'ai pas le temps de jouer les touristes. Mon travail auprès des athlètes accapare tout mon temps. »

    De bénévole à entraîneur

    Pourtant, l'association entre Dugas et Canada Alpin a pris naissance par un pur hasard en 1990. Les Championnats canadiens en slalom GS étaient alors présentés au mont Orford. Rien ne laissait présager que Serge Dugas deviendrait un des pivots de l'équipe d'entraîneurs de Canada Alpin.

    « J'apportais ma collaboration comme bénévole. J'arrivais très tôt le matin et je quittais parmi les derniers. On m'a remarqué et plus tard après les championnats, le téléphone sonnait pour une invitation à suivre l'équipe nationale en Autriche pour une période de deux semaines. Le timing était bon, car je projetais des vacances de deux semaines. De fil en aiguille d'autres invitations ont suivi et mon premier contrat en a été un d'une durée de cinq mois. Les dirigeants à l'époque se demandaient d'où je sortais, car j'étais un pur inconnu pour eux. Je provenais du monde des bars, de la construction et je possédais mon école de voile. J'ai fait mes preuves et gagné leur confiance », souligne-t-il.

    Devoirs

    Dans un sport aussi spécialisé que le ski alpin où tout se joue sur des centièmes de seconde, un entraîneur d'équipe nationale qui veut conserver son poste a tout intérêt à être à l'avant-garde. Serge Dugas l'a vite compris et il est devenu le premier entraîneur de ski au Canada à réussir les 20 tâches du niveau 4 PNCE de la certification d'entraîneur élite niveau 4 de la FESC. Il est aussi accrédité niveau 5 PNCE.

    « J'ai toujours aimé apprendre, me perfectionner. Dans un sens, retourner en classe pour obtenir mes niveaux me stimulait au plus haut point, surtout que je savais que j'allais ensuite transmettre mes connaissances à des athlètes qui en demandent toujours plus », fait valoir Dugas.

    Au-delà des connaissances techniques, le flair du coach est aussi d'une grande importance. « Le matin au déjeuner, le visage de l'athlète est fort révélateur. Il faut savoir détecter les signes qui nous diront comment il se sent avant sa journée d'entraînement ou d'entrer en compétition. Pas toujours besoin de partir dans une grande discussion », d'alléguer Dugas qui se souvient encore de son intervention auprès de Mélanie Turgeon en 2003 alors qu'il travaillait avec l'équipe féminine.

    « Je l'avais regardée descendre à l'entraînement et je n'ai fait ni un ni deux en m'approchant d'elle en lui ordonnant de serrer ses skis pour deux ou trois journées et d'aller se changer les idées. Mélanie bougonnait et ne voulait rien savoir. L'entraîneur en chef s'est amené et je lui ai fait part de mon observation. Il m'a appuyé et Mélanie n'a pas eu le choix de prendre congé. Quelques jours plus tard, elle revenait le couteau entre les dents et était couronnée championne mondiale en descente à Saint-Moritz en Suisse. »

    La piste en or

    D'ailleurs, sans l'avouer, Serge Dugas a peut-être un faible pour la piste de Saint-Moritz en Suisse. Est-il nécessaire de rappeler que son poulain Erik Guay s'était emparé de la médaille d'or en Super-G aux championnats mondiaux en février au même endroit? Son coéquipier Manuel Osborne-Paradis avait aussi remporté le bronze.

    Avec des moyens beaucoup moins importants que les grandes puissances mondiales en ski alpin, le Canada accumule des résultats de plus en plus intéressants et glorieux. « Je sais qu'on nous voue de plus en plus de respect », confie Dugas.

    Et même s'il est loin des réflecteurs, Serge Dugas, lui, n'est jamais bien loin des skieurs canadiens qui font partie de l'élite mondiale.

    Sa mission

    Si le skieur alpin est celui qui court tous les risques en descendant parfois à des vitesses frôlant 140 kilomètres, un entraîneur comme Serge Dugas est conscient qu'il doit aussi pousser ses protégés à gagner des médailles. Autrement dit, à aller toujours plus vite.

    L'entraînement spécialisé, l'équipement toujours plus perfectionné, tout est là pour aider les skieurs à filer toujours plus vite. Malheureusement, plusieurs skieurs en paient le prix avec des chutes qui laissent des traces.

    « Il faut leur donner les outils pour aller plus vite et finir sur le podium. Si ce n'est pas notre objectif, nous n'avons pas d'affaire là. Personnellement, je peux imaginer la ligne qu'ils doivent prendre dans la descente et comment ils se sentent sur leurs skis, mais en réalité, ce sont les skieurs qui ont le dernier mot et qui vont exécuter. On peut leur soumettre nos idées, mais la décision leur appartient. La façon de leur parler est aussi importante. Par exemple, on connaît les dangers de chaque piste, mais si on insiste seulement là-dessus, on fait fausse route », explique Dugas

    « À la fin d'une journée d'entraînement, d'une compétition ou à la fin de la saison, quand tous les gars de l'équipe sont en santé, nous sommes les premiers à nous réjouir », a-t-il ajouté.

    Deuxième père

    Un deuxième père pour ses skieurs, Serge Dugas? « J'ai du plaisir avec eux, mais je n'ai pas la réponse. J'essaie juste d'être honnête et d'avoir l'esprit ouvert avec eux. D'ailleurs, dans ce sport, tout est une question d'honnêteté. Il faut l'être avec les autres entraîneurs, les skieurs et avec soi-même. Je peux me tromper parfois et savoir le reconnaître, c'est aussi une façon de trouver rapidement une solution de rechange. C'est sécurisant pour les athlètes. J'essaie aussi de trouver le juste milieu entre leur vie privée et leur carrière. Il y a beaucoup d'aspects à considérer pour être le meilleur entraîneur possible auprès des athlètes. Je pense aussi qu'ils réalisent que les heures de travail ne m'effraient pas et que je suis toujours là pour eux », fait valoir Dugas.

    Pas surprenant qu'un Erik Guay, pour en nommer un, insiste pour l'avoir dans sa garde rapprochée.

    L'envers de la médaille

    Le métier de Dugas comporte aussi un côté moins rose, lui qui vit constamment dans ses valises. « Cet été, ma conjointe Catherine m'a présenté à une de ses amies. Pour être certaine que j'existais bien et que je n'étais pas un fantôme, elle a pris le soin de me toucher pour s'assurer que j'existais en chair et en os », de rigoler Dugas.

    Le 11 août, Serge Dugas et sa conjointe ne pourront célébrer leurs 25 années de vie commune puisque lui sera déjà en Suisse avec l'équipe masculine. « Mon anniversaire est le 25 novembre. Pour la première fois en 27 ans, j'étais chez moi l'an dernier à cette journée. Ma vie sur les pentes de ski est captivante, mais pas tout à fait normale. Catherine le comprend et l'accepte. Elle aussi mérite une médaille », mentionne Dugas.

    Source: La Presse

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