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  • Cannabis : produit dopant!

    Le cannabis est classé parmi les produits dopants interdits aux sportifs. L’intention du gouvernement canadien de légaliser la marijuana à des fins récréatives ne change en rien le code mondial antidopage de l’Agence Mondiale Anti-Dopage (WADA). Ce Code mondial antidopage est le document de base qui harmonise les politiques, règles et règlements antidopage des organisations sportives et des autorités publiques à travers le monde.

    Pourquoi le cannabis est-il donc considéré comme un produit dopant ? Quelle est la réglementation en vigueur? Zoom sur cannabis et compétition sportive!

    Cannabis et dopage

    Le dopage sportif a été défini ainsi en 1963 lors d’un Colloque Européen sur le dopage : « Est considéré comme dopage l’utilisation de substances et de tous moyens destinés à augmenter artificiellement le rendement en vue ou à l’occasion de la compétition, ce qui peut porter préjudice à l’éthique sportive et à l’intégrité physique et psychique de l’athlète ». Le cannabis et la marijuana figurent sur la liste des produits prohibés du Comité International Olympique depuis le 28 avril 1998. L’Agence Mondiale Anti-Dopage (WADA) inclut elle le cannabis dans sa liste de produits interdits depuis 2004. Toutefois, les cannabinoïdes ne sont interdits que lors des compétitions et les tests de dépistage ne peuvent se faire qu’à ce moment-là.

    L’article 4 du code de la WADA établit que pour qu’une substance soit inscrite sur la liste des produits interdits, elle doit être un agent masquant ou répondre à deux des trois critères suivants : potentiel à améliorer les performances sportives, risque potentiel ou réel pour la santé, violation de l’esprit du sport. Il est apparu que le cannabis y répondait! Cette drogue est fréquemment consommée par les athlètes. Les cannabinoïdes étaient en effet la troisième substance interdite la plus rencontrée dans 4 des 7 années de contrôle compilées par la WADA et la deuxième substance en 2008-2009 après les anabolisants.

    Le cannabis, produit dopant : pourquoi?

    Le principe actif du cannabis est le 6-9 tétrahydrocannabinol (THC). Cette molécule s’adresse à des récepteurs à neuromédiateurs situés dans les cellules du système nerveux central. Le cannabis peut améliorer les performances sportives. En effet, fumer du cannabis peut être utile pour certaines activités, comme les sports extrêmes, car cela améliore la relaxation musculaire et la vision, réduit l’anxiété — le THC à faibles doses est un anxiolytique —, aide à contrer les souvenirs anxiogènes, ce qui peut conduire à une amélioration des performances. En outre, la consommation de cannabis augmente le temps de sommeil et la récupération, ce qui peut aussi améliorer les performances lorsqu’un athlète doit multiplier les compétitions sur de courtes périodes. D’autres études ont montré que le cannabis améliorait la fréquence respiratoire, le rythme cardiaque et pourrait améliorer l’oxygénation des tissus. Enfin, le cannabis est un analgésique qui pourrait permettre aux athlètes de travailler même en cas de blessures, de douleurs provoquées par la fatigue de l’entraînement. Huevis et al ont conclu lors de leur étude en 2011 que le cannabis est une substance dopante qui détend l’esprit et améliore la récupération. D’ailleurs, une enquête menée sur 1152 étudiants sportifs français a montré que le cannabis était utilisé pour ses propriétés relaxantes et cela afin d’améliorer les performances sportives. Plus le niveau de compétition était élevé, plus le cannabis était utilisé pour améliorer les performances.

    En outre, le cannabis représente un risque potentiel ou réel pour la santé, ce qui est un des autres critères de la WADA. Le cannabis a des effets négatifs sur la cognition et peut nuire aux compétences essentielles requises (par exemple, prise de décision, vigilance) dans les sports à risques et mener à des accidents et/ou blessures et à de mauvaises performances. C’est pourquoi il existe un risque accru d’accidents de voiture et d’avion dus à la consommation de cannabis. Bien que l’on admette une dépréciation des capacités pendant environ 8h, il existe des cas faisant rapport d’effets indésirables pendant 24h. Les athlètes se mettent donc en danger et mettent les autres sportifs en danger en consommant du cannabis qui peut altérer les compétences techniques essentielles.

    Enfin, l’Agence Mondiale de Lutte contre le Dopage considère que la consommation de cannabis est contraire à l’esprit du sport, caractérisé par plusieurs valeurs : éthique, honnêteté, respect des lois et des règles (l’Agence Mondiale de la Lutte antidopage a ainsi rappelé que le cannabis était une substance illégale dans la plupart des pays).

    Cannabis et compétition sportive

    La détection de cannabis lors des compétitions se fait en testant les urines : on y recherche du THCCOOH. Le THC du cannabis est rapidement absorbé dans la circulation sanguine après inhalation et métabolisé en plusieurs métabolites, dont le métabolite 11 — hydroxy-THC, oxydé en THCCOOH et THCCOOH-glucuronide et sulfate. Le THCCOOH a été choisi comme repère pour les analyses d’urine. Jusqu’à très récemment, le seuil de tolérance au cannabis admis par la WADA était de 15ng/ml de THCCOOH. Un seuil très bas qui pouvait entraîner un risque d’être contrôlé positif après une compétition même en ayant fumé des semaines avant celle-ci. En revanche, l’inhalation passive de cannabinoïdes ne peut pas entraîner des concentrations urinaires de THCCOOH supérieures à 15ng/ml, contrairement à ce que d’aucuns ont pu avancer.

    L’Agence Mondiale Anti-Dopage a décidé de relever son seuil de tolérance au cannabis de 15ng/ml à 150 ng/ml le 11 mai 2013, et cela pour éviter les tests positifs après un usage dit « récréatif » plusieurs semaines avant la compétition. Des études ont montré que les métabolites actifs du cannabis sont rediffusés dans les urines pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines et que fumer occasionnellement ou même une seule fois peut suffire à être testé positif au cannabis au seuil de 15ng/ml jusqu’à 5 jours après consommation. Des sportifs ayant fumé plusieurs jours ou même semaines avant une compétition pouvaient être ainsi testés positifs. L’Agence estime qu’avec le nouveau seuil de 150 ng/ml, seuls 10 % des cas testés resteraient positifs. Ce changement de seuil devrait peut-être permettre de faire baisser la consommation de « spice », préparations à base de plantes mélangées, analogues très puissants des cannabinoïdes, indétectables dans les urines, utilisées par les athlètes pour contrer le risque d’être contrôlé positif au cannabis. Or, ces substances ont des propriétés toxicologiques inconnues et potentiellement dangereuses qui peuvent entraîner une intoxication prolongée. Dans leur étude datant de mai 2013, Mateus Bergamaschi et José-Alexandre Crippa recommandent d’inclure toutes les drogues illicites, leurs composés et leurs analogues dans le programme antidopage. Cela afin de protéger la santé des athlètes et de promouvoir la santé, l’équité et l’égalité dans le sport.

    Source: www.stop-cannabis.ch
    Photo Crédit: inconnu

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