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  • Les ambitions d'Erik Guay pour faire évoluer le ski alpin au Canada

    Nous vous avions déjà annoncé la présende d'Erik Guay au sein du conseil d'administration de la Fédération canadienne de ski alpin, Alpine Canada Alpin, ACA. Aujourd'hui, découvrez plus en détails ses ambitions, ses doutes et ses objectifs quant au statut du ski alpin à travers le Canada et ses provinces dont le Québec. Erik qualifie égalelemt le Québec comme détenteur d'un bon modèle qu'il serait intéressant d'exploiter dans les autres provinces.

    Un peu plus d’un an après l’annonce de sa retraite de la compétition, Erik Guay, le skieur alpin canadien le plus titré de l’histoire, a la tête qui déborde de projets. Contrairement à de nombreux athlètes de haut niveau qui peinent à s’adapter à leur après-carrière plus ordinaire, dénudée d’adrénaline, de récompenses et de gloire, celui-ci aborde sa deuxième vie comme il attaquait jadis les plus grandes pistes du monde : avec détermination et ambition. Le Devoir s’est entretenu avec lui dans son habitat naturel, au bas des pentes de la station de ski de l’Alpe d’Huez, au cœur de la chaîne de montagnes européennes qui fut le théâtre de quelques-uns de ses plus grands exploits.

    Après dix-neuf ans de compétitions internationales et un palmarès bien garni — vingt-cinq podiums en Coupe du monde, dont cinq victoires, deux championnats du monde et trois participations olympiques — l’athlète de Mont-Tremblant a senti qu’il était temps de prendre sa retraite, de retourner dans ses terres pour y passer plus de temps avec sa femme et ses quatre filles âgées de deux à dix ans.

    « Avec de jeunes enfants et six chirurgies aux genoux, je trouvais que ça ne valait plus la peine de risquer ma santé et de passer une bonne partie de l’année à l’étranger. » C’était en novembre 2018. Il a depuis eu le temps de faire le bilan de sa carrière, qui lui a procuré beaucoup de joies, mais qui lui laisse également quelques regrets. « C’est sûr que j’aurais aimé avoir une médaille olympique, avoue celui qui est arrivé en quatrième position au super-G à Turin, en 2006, ratant la médaille de bronze d’à peine un dixième de seconde. Mais j’ai aussi des questions qui m’habitent. Par exemple, si mon père, qui a été mon entraîneur jusqu’à mes dix-huit ans, avait continué de me coacher pendant toute ma carrière, est-ce que j’aurais eu plus de succès ? Plus de victoires ? Ça, j’y pense souvent. Parce que j’ai eu des entraîneurs avec lesquels ça allait moins bien. Je me suis donc retrouvé à me coacher moi-même pendant des années. »

    Hisser le Canada dans l’élite

    C’est pour pallier des manquements de la sorte que ce fils de Norvégienne et de Québécois passionnés de ski a décidé, en novembre dernier, de s’impliquer dans le sport qui l’a rendu célèbre, en se faisant élire au conseil d’administration de Canada Alpin, où il a bien l’intention de changer les choses pour que le Canada se hisse de nouveau parmi l’élite mondiale du ski alpin.

    À court terme, Guay veut surtout comprendre et analyser la façon dont cet organisme, basé à Calgary, fonctionne actuellement. Mais il a déjà des pistes de solution qu’il aimerait approfondir. « Un de mes objectifs, ça serait de décentraliser Canada Alpin pour donner plus de pouvoir aux provinces. Par exemple, en ce moment, l’entraînement d’été est centralisé à Calgary. On exige donc des athlètes qu’ils déménagent là-bas, qu’ils paient leur voyage, leur loyer et leur nourriture. Je trouve que c’est beaucoup leur demander, surtout qu’ils sont partis neuf mois par année et qu’ils déboursent déjà de grosses sommes d’argent pour être dans l’équipe nationale. Peut-être pourrait-il y avoir plutôt des centres d’entraînement dans les différentes régions du Canada, où les athlètes pourraient se rassembler et s’entraîner ensemble. D’autant que la majorité des skieurs viennent de l’est du pays. »

    Car pour Guay, l’état général du ski au pays est en excellente santé. « Le nombre d’abonnés en ski alpin au Canada est en croissance, et c’est l’un des seuls pays au monde où c’est le cas. Ce que ça me dit, c’est qu’on produit beaucoup d’athlètes, mais qu’on a de la difficulté à se rendre sur les podiums. Donc on se demande où est le problème exactement. Est-ce qu’il est en haut de la hiérarchie ? Est-ce que c’est les entraîneurs ? Est-ce que c’est un manque d’argent ? Ou est-ce qu’on développe mal les jeunes, qui perdent leur intérêt ? Je n’ai pas encore de réponse claire pour l’instant. »

    Guay fait également un bilan positif de ce qui se déroule dans sa province. « Je pense qu’au Québec, le système en place est bon, à commencer par les clubs de ski jusqu’à l’équipe provinciale. On a un bon bassin de talents. Il y a encore des améliorations à apporter, mais on est vraiment en avance par rapport aux autres provinces. C’est donc un modèle qu’on pourrait exporter ailleurs au Canada. »

    Ces derniers mois lui ont aussi permis de réfléchir à l’héritage qu’il laisse derrière lui. « J’espère avoir motivé les jeunes à rester actifs, peu importe le sport. Mais j’entends souvent : “Erik Guay, c’est le meilleur skieur de l’histoire canadienne.” Moi, ce n’est pas un titre qui me rend hyper fier. Si j’étais un Autrichien, je serais loin d’être le meilleur skieur de l’histoire de ce pays. Ce que j’espère sincèrement, c’est que je n’aie pas à attendre vingt ans avant qu’un autre skieur canadien vienne battre mes records. Si je peux aider à créer un système au Canada où on produit des athlètes de haut niveau en ski, j’aimerais mieux que ce soit mon héritage. »

    Ce résident de La Conception s’implique également activement dans le club de ski du Mont-Tremblant, situé à quelques kilomètres de chez lui, où ses filles suivent ses traces sur les pistes de course et où il rêve de tenir des épreuves de la Coupe du monde, un jour. « J’ai été pendant dix-neuf ans sur la route à représenter mon pays. Le moment était venu de me concentrer plus sur ma famille et sur ma communauté. Tout au long de ma carrière, j’ai senti que les Québécois étaient derrière moi. Je trouve qu’au Québec, comme en Europe, on est passionné par une multitude de sports. On a notre propre culture et, quand il y a des Québécois qui performent, et il y en a tellement, on veut vraiment les encourager. J’ai toujours ressenti cet amour quand je revenais à la maison. Je m’implique donc pour redonner à la communauté, mais aussi parce que je veux que l’on continue d’encourager nos athlètes locaux pour qu’ils gagnent sur la scène internationale, c’est tellement beau à voir ! »

    Source : Le Devoir

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